Il y a des métiers qu’on choisit. Et il y a des vies qu’on construit sans vraiment s’en rendre compte, en accumulant des expériences qui finissent par former quelque chose de cohérent — un regard, une façon d’être dans le monde.
La mienne s’est construite entre l’océan et le ciel.
La surveillance des plage de Biarritz, vingt-cinq ans de lecture de l’eau
Je suis sauveteur sur la Grande Plage de Biarritz depuis bientôt vingt-cinq ans. Un quart de siècle à regarder la même étendue d’eau changer de visage plusieurs fois par jour, selon l’heure, le vent, la marée.
Ce travail m’a appris quelque chose que personne n’enseigne dans les livres : comment la lumière se pose sur l’eau. Comment elle change de couleur entre 8h et midi. Comment le vent d’est lisse la surface et crée un plan d’eau miroir, quand le vent de sud offre au lever et au coucher du soleil des ciels d’une intensité rare — ces oranges et ces roses qui n’appartiennent qu’au Pays Basque. Comment lire l’océan d’un coup d’œil, avant même de mettre un orteil dans l’eau.
Surveiller une plage, c’est lire l’océan en permanence. Anticiper ses mouvements, comprendre ses humeurs, savoir où le danger se cache sous une surface qui peut paraître calme. C’est une forme d’attention continue que j’ai fini par transporter partout avec moi — y compris dans les airs.

Le surf, une école du mouvement
En parallèle, j’enseigne le surf. Sur la plage de Marbella à Biarritz, sur la plage d’Ilbarritz à Bidart, avec la Biarritz Eco Surf School, la Biarritz Paradise Surf School, la Private Surf School et la Bidart Surf Academy.
Enseigner le surf, c’est apprendre à quelqu’un à lire une vague avant qu’elle n’arrive. À sentir le bon moment. À comprendre que l’océan ne se contrôle pas — il se lit, il se respecte, et si tu es patient, il t’offre quelque chose.
Tout ce que je sais sur l’évolution de l’eau, je le dois au surf. Cette connaissance intime des courants, des rouleaux, de la façon dont une vague se forme et se transforme — elle est devenue le socle de mon travail aérien. Quand je fais voler mon drone au-dessus de l’eau, je ne découvre pas un territoire inconnu. Je survole un monde que je connais depuis des années, et ce savoir me permet d’anticiper : la bonne lumière, le bon angle, le bon instant.

Le drone, la technologie au service du regard
Je suis né au Pays Basque. J’ai toujours été passionné par les nouvelles technologies et par l’image. Le drone est arrivé comme une évidence — un outil qui me permettait de relier les deux, de prolonger ce que je faisais déjà sur terre et dans l’eau, mais depuis un angle que personne n’avait encore.
Ce qui m’attire le plus, ce sont les plans au zénith. Ces images prises à la verticale, au-dessus du monde, qui nous rappellent que nous ne sommes qu’un détail dans quelque chose d’infiniment plus grand. L’homme sur sa planche de surf, minuscule sur l’immensité turquoise. Le nageur entre deux têtes de corail. La vague qui se forme, indifférente à tout.
Avec nos yeux de terriens, on ne voit jamais ça. Le drone permet de changer d’échelle — de sortir de sa propre perspective pour voir le monde tel qu’il est vraiment : vaste, structuré, et d’une beauté qui dépasse ce qu’on imagine depuis le sol.

Un regard construit sur trois vies
Sauveteur, surfeur, pilote de drone. Ce ne sont pas trois métiers séparés. C’est la même façon de lire le monde — l’eau, la lumière, le mouvement — avec des outils différents.
Chaque vol que je fais porte toute une vie à contempler et dompter l’océan. C’est ce regard-là que j’essaie de mettre dans chaque image.

